Le paludisme tue un enfant toutes les 30 secondes en Afrique et entre 1 et 3 millions de personnes par an, selon les estimations de l'OMS. Deux milliards d'individus, soit 40% de la population mondiale, sont exposés et on estime à 500 millions le nombre de cas cliniques survenant chaque année. Les moyens de lutte existants sont les médicaments antipaludiques (dont les plus connus sont la chloroquine ou la quinine) et la lutte contre les moustiques vecteurs du parasite Plasmodium. Mais la situation est d'autant plus préoccupante que depuis plusieurs années, les parasites développent de plus en plus de résistances aux médicaments, et que les moustiques développent des résistances aux insecticides. Aucun vaccin n'est aujourd'hui disponible.
De nombreuses équipes de l’Institut Pasteur se consacrent au paludisme. Outre la recherche vaccinale, plusieurs unités mènent des travaux plus fondamentaux visant à comprendre les interactions entre l’homme, le parasite Plasmodium et son vecteur, le moustique Anophèle. Avec des enjeux majeurs à la clé…
Il est urgent de trouver de nouveaux moyens de lutte contre ce fléau. A l'Institut Pasteur En 2009, grâce à une vaste étude de génétique évolutive et épidémiologique, menée pendant huit ans en Thaïlande, des chercheurs de l'Institut Pasteur et du CNRS viennent de montrer qu'une mutation particulièrement répandue au sein de certaines populations d'Asie du Sud-est confère une résistance accrue contre le paludisme. Ces travaux révèlent également que cette mutation avantageuse est apparue il y a 1500 ans et qu'elle a considérablement augmenté le taux de survie de ces populations. En 2010, des chercheurs viennent de montrer que le parasite Plasmodium vivax, l'un des principaux agents du paludisme, s'avère capable d'infecter des populations considérées jusqu'à présent comme naturellement protégées du fait de leur groupe sanguin. Cette découverte inattendue remet en cause certaines stratégies de vaccination. Elle alerte en outre sur la possibilité d'une progression du parasite P. vivax dans des régions du monde d'où il est actuellement absent. Ce travail multidisciplinaire a été réalisé dans le cadre d'une collaboration internationale, impliquant des équipes malgaches (Institut Pasteur de Madagascar - Service de Lutte contre le Paludisme, ministère de la Santé), françaises (Institut Pasteur à Paris, unité associée au CNRS, Institut National de la Transfusion Sanguine, unité associée à l'Inserm) et américaines (Université de Cleveland aux Etats-Unis). Récemment, en parvenant à exprimer la protéine qui permet l'adhésion au placenta des globules rouges parasités par Plasmodium falciparum, l'agent du paludisme, et à décrypter ses mécanismes moléculaires, des chercheurs du CNRS et de l'Institut Pasteur viennent de franchir une première étape vers l'élaboration d'un vaccin contre le paludisme de la femme enceinte.
En 2011, grâce à une vaste étude visant à établir une cartographie génétique des populations de moustiques transmettant le paludisme au Burkina Faso, des chercheurs de l’Institut Pasteur et du CNRS ont découvert une nouvelle sous-espèce du moustique Anopheles gambiae, principal vecteur de la maladie. Ce groupe, qui peut être particulièrement efficace pour transmettre et disséminer le parasite, a été identifié grâce à des méthodes de collecte et d’échantillonnage inédites, prenant pour la première fois en compte le comportement des moustiques. Les résultats de cette étude, publiés dans la revue Science, soulignent d’ores et déjà l’importance d’inclure cette composante comportementale aux stratégies de lutte vectorielle, afin de leur garantir une portée étendue à l’ensemble des populations de moustiques vecteurs du paludisme.
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