Les allergies sont un défi pour la science et la médecine de demain…
Entretien avec le Dr Marc Daëron, directeur du département d’Immunologie et responsable de l’unité d’Allergologie moléculaire et cellulaire de l’Institut Pasteur.
Pourquoi travailler sur l’allergie à l’Institut Pasteur ?
Parce que les allergies sont devenues un problème de santé publique qui s’aggrave rapidement.Les recherches destinées à mieux comprendre leur origine ont toute leur place dans l’Institut, ainsi que la prise en charge des patients allergiques. Aujourd’hui, nous ne connaissons pas la cause de ces maladies et nous ne savons traiter que les symptômes, avec des effets secondaires et des réussites variables. Comprendre pourquoi le système immunitaire se dérègle chez les allergiques et non chez les autres individus est un défi scientifique. L’objectif à terme est évidemment de développer des traitements efficaces.
En quoi consistent vos travaux ?
Nous essayons principalement de comprendre comment “marchent” les anticorps, comment ils exercent des effets biologiques. Nous avons en effet montré que, selon les récepteurs auxquels ils se fi xent et selon la cellule qui porte ces récepteurs, les mêmes anticorps peuvent soit protéger soit induire des lésions. Déchiffrer les signaux intracellulaires qu’ils induisent, disséquer les mécanismes mis en route et leurs intrications, analyser le dialogue entre les cellules et comprendre les réponses biologiques, autant d’objectifs dont dépend la compréhension de nombreuses maladies : allergies, mais aussi maladies auto-immunes, infections, cancers… et, sans doute, le développement de nouvelles stratégies vaccinales.
En quoi vos travaux sur les allergies sont-ils originaux ?
De nombreux laboratoires travaillent sur les mécanises responsables des symptômes cliniques dont souffrent les patients allergiques. Nous concentrons nos efforts sur les systèmes qui contrôlent ces mécanismes. Nous pensons que les individus qui ne sont pas allergiques, alors qu’ils possèdent tout ce qu’il faut pour l’être, ont des systèmes qui préviennent effi cacement la survenue des symptômes. Notre hypothèse est que, pour une raison ou une autre, ces systèmes sont défaillants chez les allergiques. Notre objectif est de rechercher et d’identifi er cette ou ces défaillances et, le cas échéant, de développer les moyens de les corriger. Le problème n’est évidemment pas le même si les allergies résultent d’une stimulation excessive ou d’une régulation insuffisante.
En 2008, l’Institut Pasteur a inauguré son “Centre d’Immunologie Humaine (CIH)”, dédié à la recherche dite translationnelle. Celle-ci vise à favoriser l’application de découvertes issues de la recherche fondamentale aux domaines du diagnostic, du traitement ou de la prévention des maladies humaines. Les travaux du CIH sont particulièrement axés sur l’immunothérapie des tumeurs et l’immunopathogenèse des cancers, les maladies infectieuses (relations hôtes/pathogènes), les maladies auto-immunes et les réactions allergiques. Les premières études menées concernent l’immunothérapie du cancer de la vessie et différentes approches du VIH/Sida. La création du CIH répond à la volonté de l’Institut Pasteur de faciliter et de promouvoir la recherche au service du patient.
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