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Luc Montagnier

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luc_montagnier.jpgInterview de Luc Montagnier pour "Pasteur Le Mag" janvier 2009

Deux impératifs, selon le Pr Luc Montagnier
  • Mettre au point un vaccin thérapeutique couplé aux trithérapies
  • Développer une prévention au sens large dans les pays les plus touchés.

Pasteur Le Mag’. Malgré les progrès considérables apportés par les trithérapies, le virus se tapit, prêt à se multiplier de plus belle dès qu’on le stoppe. Comment, parmi les pistes possibles, outre la découverte de l’endroit où il se réfugie, peut-on envisager de lui donner “le coup de grâce” ?
Luc Montagnier. C’est ma préoccupation la plus importante à l’heure actuelle sur le sida mais il est prématuré d’en parler.

PLM’. Pour cela, le retour aux recherches les plus fondamentales, en particulier en immunologie, s’impose-t-il ?
Luc Montagnier. Certes mais aussi la virologie. Pourquoi le virus échappe-t-il au système immunitaire ? Il y a deux raisons. Effectivement parce que le système
immunitaire est mis en pièces par levirus – à l’exception des rares sujets dans le monde dits “contrôleurs du VIH” [lire Pasteur Le Mag’ n° 3, “Sida : des cellules de survie”]. D’autre part, le virus crée des formes qui, après la trithérapie, vont être sélectionnées pour échapper au traitement. Il ne s’agit pas forcément de virus résistant par mutations mais plutôt de formes nouvelles que j’étudie à l’heure actuelle. Elles se rendent invisibles au système immunitaire… et au traitement. La caractérisation de ces formes est très importante pour éradiquer l’infection.

PLM’. Doit-on prendre en compte également l’immunité innée ? 
L.M. Tout-à-fait, pour moi les cellules appelées “natural killers”* jouent un rôle extrêmement important. Un vaccin doit également tenir compte de cela. 

PLM’. Les moyens actuels ne guérissent pas l’infection, ils la traitent. Mais il y a méprise : des précautions élémentaires sont parfois abandonnées parce qu’on prend parfois la trithérapie comme un “traitement du lendemain”. Parviendra-t-on à guérir du sida ?
L.M. On arrivera vraiment à une guérison lorsque le système immunitaire sera en mesure d’achever le travail entrepris par le traitement chimique. Même pendant la trithérapie, le système immunitaire n’est pas en pleine capacité d’intervention, la restauration des défenses est progressive mais incomplète.

PLM’.
C’est l’objectif des vaccins thérapeutiques ?
L.M. Ce type de vaccin devra être administré en complément du traitement, donc dans une période ou les lymphocytes TCD4 remontent et où il y a relativement peu de cellules infectées par le virus qui circulent dans le sang.

PLM’. Que faire, en attendant ?
L.M. C’est complexe. Il faut prendre en compte la situation en Afrique. Le problème majeur, c’est que peu de gens acceptent de se faire dépister. Sinon, du fait de l’aide internationale, des médicaments peu chers, voire gratuits, sont accessibles à des patients, à condition qu’ils soient déclarés bien sûr. Mais c’est une minorité. La plupart des personnes ne veulent pas savoir si elles sont infectées, avant de tomber malade et d’arriver ainsi tardivement à l’hôpital. Avant, ils auraient continué à transmettre le virus. S’ils étaient dépistés, ils auraient eu des problèmes dans leur famille, leur travail. Le sida pose des problèmes culturels, sociaux et économiques. C’est pour ces raisons que c’est souvent un sujet tabou en Afrique. L’information se fait, jusque dans les écoles, mais il persiste un
barrage culturel important vis-à-vis du sida.

PLM’. Outre le port du préservatif, un vaccin préventif s’impose donc ?
L.M. La prévention, en général, ne repose pas seulement sur un vaccin. C’est aussi, voire surtout, les changements de comportement, l’alimentation, la lutte contre les co-infections, etc. Cela vaut aussi pour le sida. Sans vaccin préventif, je considère que l’on peut déjà faire beaucoup de choses pour les populations en Afrique. On pourrait empêcher beaucoup d’infections, notamment en Afrique, en faisant que le système immunitaire des individus soit en bon état, ce qui est loin d’être le cas pour l’ensemble des populations. Parce qu’elles sont soumises à nombre d’infections : parasitoses, tuberculose, paludisme, que la malnutrition est fréquente, que l’eau potable manque, que les pratiques d’hygiène, y compris l’hygiène sexuelle, sont souvent loin d’être idéales. Autant de facteurs qui favorisent une faiblesse du système immunitaire. Ce sont des faits qui expliquent notamment pourquoi le sida est aussi important en Afrique par rapport à nous où il est resté localisé à ce que l’on appelle “les groupes à risque”. D’autres considérations plaident pour l’urgence de la mise au point de vaccins thérapeutiques.

PLM’. Lesquelles ?
L.M. Depuis 10 ans, d’importants progrès ont été accomplis dans l’accessibilité aux médicaments. Mais si tout le monde était traité à vie, l’impact économique serait considérable voire insurmontable. Pour cette raison, dans les pays, quels qu’ils soient, où l’on estime de 5 à 10 le pourcentage de la population infectée, un traitement à vie du sida est impossible, d’où la nécessité d’un traitement complémentaire qui permette d’arrêter à un moment donné la trithérapie.

Pour en savoir plus à lire :
LES COMBATS DE LA VIE
Mieux que guérir, prévenir
(Luc Montagnier, Éditions JC Lattès,
février 2008)