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François Jacob

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«… Chacun de nous, à vingt ans, a rêvé de transformer le monde. Chacun de nous,
à quarafrancois_jacob.jpgnte ans, sait qu’il ne le fera pas. Au mieux peut-il espérer, avec de la chance,
apporter quelque contribution au capital de vérités, de recettes et d’idées que l’homme
amasse lentement. C’est là, je pense, la signification qu’Alfred Nobel a voulu donner
aux prix qu’il a créés. Pourtant, l’homme de science se nourrit des contradictions
qui sont à la source même de toute recherche.

C’est dire que la lumière quelque peu éblouissante dans laquelle votre décision l’a placé,
lui et son oeuvre, ne peut tout à la fois que l’embarrasser, le ravir, et même l’effrayer.
L’embarrasser parce qu’il mesure à quel point une telle distinction dépasse ses mérites
personnels pour s’étendre à l’ensemble d’une science et de ceux qui la font progresser.
Le ravir, parce que, si modeste qu’il se veuille, il éprouve le besoin d’être reconnu et qu’il
voit son travail recevoir ici la plus solennelle des consécrations. L’effrayer aussi, parce que
l’aspect officiel même de cette reconnaissance s’accorde mal au doute et à l’inquiétude
nécessaires à un travail qu’il entend poursuivre. "Nous ne cherchons jamais les choses,
disait Pascal, mais la recherche des choses"…

Par leur objectivité et leur indépendance, les Comités Nobel sont parvenus à donner
aux prix qu’ils décernent un prestige unique. Et si la science fondamentale se voit,
un jour par an, émerger de sa nécessaire obscurité, si son rôle dans notre évolution
et notre culture est aujourd’hui admis par tous, si les pouvoirs politiques mêmes
accordent à la recherche un soutien chaque jour croissant, c’est pour une large part
grâce à la façon dont vous avez interprété et réalisé la volonté d’Alfred Nobel… »