Surveiller, comprendre, traiter
L’Institut Pasteur compte plusieurs équipes mobilisées contre le cancer du col de l’utérus, dû à certains types de papillomavirus et deuxième cancer le plus fréquent chez la femme à l’échelle mondiale. Un cancer sous haute surveillanceÀ la suite de la récente mise sur le marché des premiers vaccins préventifs contre le cancer du col de l’utérus, le ministère de la santé a créé et confié fin 2008 à l’Institut Pasteur le Centre national de référence (CNR) des papillomavirus humains (HPV). Le CNR a pour mission de surveiller la distribution des papillomavirus dans la population française et de pister l’éventuelle émergence de nouveaux génotypes ou de variants des virus présents dans les vaccins. > En savoir plus L’équipe du CNR est actuellement impliquée dans un programme lancé par la Direction générale de la santé pour le dépistage organisé du cancer du col chez les femmes n’ayant jamais été dépistées auparavant. Le CNR est chargé de déterminer la répartition des différents papillomavirus dans les frottis. Organisée d’abord dans six départements français, l’étude concernera sur 2010-2012 plus de deux millions de femmes. Le cancer du col de l’utérus en bref Le cancer du col de l’utérus est dans le monde le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme et le premier dans les pays développés. Il est à l’origine de 250 000 à 300 000 décès par an. En France, on dénombre environ 3000 cas annuels, et plus de 1000 décès. Le cancer du col de l’utérus est le premier cancer reconnu comme imputable à 100% à une infection virale. Les papillomavirus HPV 16 et 18 sont à l’origine de plus de 70% des cas. | Le CNR mène également, en relation directe avec certains laboratoires d’analyses, un programme sur la distribution des papillomavirus avant vaccination. L’étude porte sur plusieurs milliers de frottis normaux, prélevés chez des jeunes filles ou des femmes de plus de 25 ans. Ce travail sera poursuivi, d’ici quelques années, par une autre enquête, chez les femmes vaccinées, pour déterminer l’influence de la vaccination sur les différentes populations de papillomavirus.
Un nouveau site web pour informer sur le cancer du col de l’utérus Le Centre national de référence vient de lancer son tout nouveau site d’information sur les papillomavirus et le cancer du col de l’utérus : Comment risque-t-on de s’infecter ? Existe-t-il un test de détection de l’infection par ces virus ? Comment se protéger ? Un espace privilégié pour se poser les bonnes questions sur sa propre santé et y trouver des réponses.
www.info-hpv.fr Vers un vaccin thérapeutique contre le cancer du col de l’utérus
 L’équipe de Régulation immunitaire et vaccinologie (Institut Pasteur-Inserm U883), dirigée par Claude Leclerc, et l’unité de Biochimie des interactions macromoléculaires (Institut Pasteur-CNRS URA2185) dirigée par Daniel Ladant, ont développé, en collaborant avec l’entreprise Genticel (antérieurement appelée BT Pharma), la preuve de concept chez la souris d’un premier prototype de vaccin thérapeutique contre le cancer du col de l’utérus. A l’époque, BT Pharma était incubée à Pasteur-Biotop, l’incubateur de jeunes entreprises de l’Institut Pasteur. Contrairement au vaccin préventif déjà proposé sur le marché, le candidat-vaccin actuellement développé par Genticel pourrait agir alors que la patiente est déjà infectée. Le principe de cette vaccination est de stimuler le système immunitaire des patientes pour l’amener à détruire les cellules infectées ou déjà cancéreuses. Celles-ci sont reconnaissables car elles expriment la protéine virale E7, qui joue le rôle de signal de reconnaissance par le système immunitaire. Les chercheurs ont conçu le candidat-vaccin comme un petit missile à trois étages : le premier, la tête chercheuse, est chargé de reconnaître les cellules dendritiques, les plus performantes pour déclencher la réponse des lymphocytes T–globules blancs, acteurs essentiels du système immunitaire. Le deuxième étage transporte le troisième, la protéine E7, à travers la membrane des cellules dendritiques. Une fois à l’intérieur de la cellule, la protéine E7 est prise en charge par la machinerie cellulaire pour être présentée aux lymphocytes T et initier une réaction immunitaire. Après la preuve de concept réalisée pour le génotype HPV16, Genticel a appliqué le même concept pour un composant vaccinal contre HPV18. En mélangeant les deux, un candidat-vaccin bivalent est dirigé à la fois contre les virus HPV 16 et HPV 18. Il serait ainsi efficace contre plus de 70% des cancers du col de l’utérus. Un essai clinique chez l’homme est actuellement en cours de préparation par la société Genticel. Déjouer les stratégies des papillomavirus.
Le CNR des papillomavirus humain est adossé à l’unité de recherche Génétique, papillomavirus et cancer humain, dirigée par Michel Favre, qui mène des travaux plus fondamentaux sur les papillomavirus et leur pathogenèse.
Premier projet de l’équipe : l’étude la fonction de deux gènes, EVER1 et EVER2, dont certaines mutations sont connues pour être à l’origine de l’épidémodysplasie verruciforme, une maladie très rare conférant une sensibilité particulière à certains papillomavirus. Cette pathologie peut évoluer, dans 60 à 70% des cas, vers des cancers de la peau. Les chercheurs de l’unité ont démontré que les protéines EVER1 et EVER2 étaient impliquées dans la régulation du transport du zinc dans la cellule. Si ces gènes sont mutés, le zinc libre est plus abondant, ce qui favorise la réplication du virus. Les chercheurs ont également montré que la protéine E5 des papillomavirus du genre alpha, comme le HPV16, pouvait bloquer les protéines EVER1 et EVER2 et favoriser l’expression du virus. Ces études démontrent ainsi le rôle essentiel des protéines EVER dans le contrôle de l’infection par les papillomavirus.
Les scientifiques cherchent enfin à caractériser les interactions entre protéines cellulaires et protéines virales, pour déterminer quelles interactions sont en jeu dans les cas des verrues de la peau, des verrues génitales et des cancers génitaux ou cutanés associés aux HPV. Il pourrait alors être envisageable de traiter ces différents types de lésions en inhibant spécifiquement les interactions en cause. > Pour en savoir plus
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